Histoire

C´est cette dernière manière de « faire courir les taureaux » qui est la plus ancrée dans la culture de Medina del Campo, avec différentes variantes et différents parcours. Au début, il n´était pas fréquent - les encierros étant interdits lors de nombreuses occasions - de voir les gens courir devant les taureaux, à moins que ne fût établi un vote ou une promesse religieuse pour obtenir l´intervention divine ou que ce soit en tant que signe de reconnaissance pour un Saint Patron. Ainsi, les taureaux courraient à Medina del Campo - entre les XVe et XVIIIe siècles tout du moins - en l´honneur de San Juan (24 juin), Santiago Apóstol (25 juillet), l´Assomption de Notre Dame (15 août) et San Antolín (2 septembre) et ces fêtes étaient officiellement considérées comme les « Voeux de la Ville ». Les livres d´Accords du Conseil, conservés aux Archives Municipales - depuis 1490 et sans interruption depuis 1552 - contiennent plusieurs comptes rendus de paiement et de règles concernant les taureaux et les courses de l´époque ainsi que les lieux des combats et la destination de la viande, une fois les taureaux morts. Ces informations se trouvent en général dans les actes des jours antérieurs à ces jours de fête officielle. De cette façon, pour citer le cas le plus ancien que nous ayons étudié, les Accords de l´année 1493 contiennent des données précises sous les titres « commandement et distribution des taureaux ». Il ne manquait pas non plus de courses de jeunes taureaux, ni d´encierros avec ces mêmes animaux, les jours des grandes fêtes des grandes confréries pénitentielles de Medina comme celles des Angustinas de Nuestra Señora et celle de la Vera Cruz (les livres des Accords des Archives Municipales et la documentation historique des deux confréries, sont remplies de renseignements à ce sujet).

La nuit précédant ces jours de fêtes, les animaux étaient conduits des pâturages aux torils, provisoirement installés en ville et c´est sûrement pour cela qu´en 1559, les autorités ordonnèrent que les cavalier qui les accompagnaient portent « des colliers avec des grelots et des torches » pour avertir du danger nocturne de la présence des animaux. Le jour de fête, professionnels ou amateurs courraient, dans une arène éventuellement fermée, et exécutaient des « suertes », aujourd´hui en désuétude, comme le saut avec une lance, le tonneau de vin, le panier en osier, le ruban autours des cornes et beaucoup d´autres, telles que les fameuses passes de cape ou esquive du torero qui est la tradition qui a perduré jusqu´à nos jours et qui est ancré dans les racines de la ville, comme la preuve de la célébration des combats de joutes nationaux des esquives des jeunes taureaux.

Cependant, nous pouvons assurer qu´il existe des documents antérieurs qui font expressément référence aux encierros de taureaux de Medina del Campo. Par exemple, nous pouvons citer celui qui eut lieu la veille de la fête de l´Assomption de la Sainte Vierge (15 août) de 1567, grâce au témoignage que Santa Teresa fait dans son Livre des Fondations, dans lequel elle écrivit : «Nous arrivâmes à Medina del Campo la veille de la fête de l´Assomption de la Sainte Vierge, à minuit. Nous descendîmes au monastère de Santa Ana, afin de ne pas faire de bruit et nous allâmes à pied à la maison. Quelle bonne grâce de Dieu qu´à cette heure là les taureaux étaient enfermés dans l´attente des courses du lendemain et que nous n´en eussions rencontré aucun. »

Après l´encierro avait lieu la corrida à proprement dit, au cours de laquelle se succédaient combats et mises à mort de l´animal - avec des « suertes » telles que celles où l´on blesse la bête aux tendons avec un lance ou une épée pour l´ achever ensuite - et des jeux de joutes, exécutés par des écuyers et des cavaliers spécialement présents pour l´occasion.

Les encierros qui ont persistés jusqu´à aujourd´hui ont connu des changements dans leur déroulement et leur conception. En 1873, la Mairie décida d´accorder que le nombre de jours de fête dédiés au saint patron de la ville, San Antolín, passe à six jours (cinq ans plus tard, les festivités s´étendirent aux huit premiers jours de septembre) dans le but de regrouper les jours fériés, qui, à l´époque, étaient dispersés au long de l´année. En ce temps là, les courses de taureaux s´étalaient sur trois ou quatre jours et avaient différentes fonctions : tôt le matin, il y avait le combat du « toro del alba » (le taureau de l´aube), un jeune taureau de combat qui courait aux premières heures du jour, dont la tradition est très ancienne, bien que la date exacte de son apparition reste inconnue. En fin de matinée, courrait le « jeune taureau des onze heures » et, l´après-midi, à quatre heures, couraient encore sept taureaux. Le cadre de ces courses était habituellement la Plaza Mayor. Cependant, nous savons que d´autres lieux avaient été aménagés en arènes provisoires jusqu´à la construction de l´arène en dur qui fut inaugurée en 1949. Parmi ces lieux, on pouvait compter le terrain vague sur lequel se dressait le palais des Castrosernas, les places du marché, de San Augustín et de Segovia (où se trouvait une « grande bâtisse fermée dans laquelle les cavaliers s´entraînaient à la lance au Moyen Age), les ruines du quartier militaire (avant sa reconstruction), les abords de la vieille gare et beaucoup d´autres.

« Encierros traditionnels »

Les encierros traditionnels comme ils se déroulent à Medina del Campo consistent en la formation d´un groupe d´au minimum six bêtes de combat, accompagné par autant de boeufs conducteurs (bêtes dressées dans le but de guider les taureaux) qui sortent de l´enclos à une heure décidée au préalable et qui sont dirigés par des professionnels qui les mènent jusqu´à l´entrée de la ville, à pied ou à cheval, mais toujours selon certaines normes.

Les célébrations des encierros traditionnels ont lieu les 2, 4, 6 et 8 septembre et un autre jour, non défini. Les taureaux sont lâchés à 9h00. Après le troisième avertissement, on procède au lâcher des bêtes. Les avertissements se font au moyen de décharges des trois fusées. Après le lâcher et une fois le troupeau maîtrisé, on le conduit dans les rues de la ville.

En arrivant à l´ entrée de la ville le bétail s´excite et c´est là que commence le parcours urbain qui aboutit dans l´arène.