Histoire

Histoire

La commune de Medina del Campo, de la province de Valladolid, se trouve à deux pas de la capitale espagnole (159 kilomètres par la N-VI) et à seulement une demi-heure de Valladolid. Elle se situe à une altitude de 720 mètres. Son territoire communal est traversé par le rio Zapardiel (affluent du Douro). Il est riche en productions agricoles et céréalières. Cependant, Medina - aussi appelée Ville des Foires - doit sa renommée aux activités commerciales de la ville aux XVe et XVIe siècles. Dotée d´un patrimoine historico artistique exceptionnel et d´installations sportives et culturelles de première catégorie, Medina met un point d´honneur à être la fidèle gardienne de deux traditions séculaires que sont la Semaine Sainte - déclarée d´Intérêt Touristique Régional en 1993 en National en 2005 - et ses « encierros » de jeunes taureaux de septembre, qui ont été reconnus Fêtes d´Intérêt Touristique en 2002.

HISTOIRE ET ORIGINES DE NOS ENCIERROS 
(Lâchers de taureaux dans les rues de la ville)


L´une des coutumes de notre région, et ce depuis toujours, est d´inclure des jeux de taureaux aux célébrations de toutes sortes, que ce soient des naissances ou des noces royales, des couronnements, des canonisations, des réceptions d´ordres sacrés ou encore des commémorations particulières d´actions de grâces. Bien qu´aucune étude n´ait été menée concernant les fêtes de taureaux à Medina del Campo avant le XVe siècle, nous pouvons supposer que leur implantation date du XIIe ou XIIIe siècle, époque à laquelle la ville a commencé à jouer un rôle important dans la vie officielle castillane. La référence la plus ancienne que nous possédions concernant une fête de taureaux à Medina del Campo date du 20 octobre 1418, jour des noces royales de Juan II et María de Aragón. Nous savons, d´après l´ouvrage qui raconte la vie du monarque ainsi que d´après la Refonte du livre du Fauconnier de Fr. Lope de Barrientos, qu´après la cérémonie nuptiale, « de nombreuses fêtes de taureaux et de jeux de joutes ont eu lieu. De la même époque nous savons que certains commerçants (charcutiers, marchands d´huile, etc.) de Medina del Campo devaient fournir, pour les réjouissances publiques, « onze taureaux par an, selon la volonté des conseillers municipaux de l´époque ».

A partir de cette époque, nous savons qu´il y a eu au moins cinq façons de « faire courir les taureaux » : les taureaux alanceados (frappés à coup de lances) - d´après le témoignage de López Ossorio, dans son livre sur l´histoire de Medina, « lors de fêtes de taureaux, beaucoup d´adresse était nécessaire pour les piquer avec de grosses lances » - les embolados (aux cornes boulées) - on dit que ce fut ici, à Medina, que la reine Isabelle la Catholique a ordonné l´utilisation de poches de cuir sur les cornes des taureaux, après avoir été témoin de la mort de deux hommes, tués par un taureau sur la Plaza Mayor - les enmaromados ou ensogados (taureaux attachés par les cornes à une corde) - c´est ainsi qu´ils coururent lors de la visite à Medina de Felipe II, en 1559 - les albardados et encohetados (avec des hallebardes et de petites fusées) - cette « suerte » fut courue en 1601 pour commémorer une naissance royale. Et, naturellement, une autre manière de faire courir les taureaux est l´encierro - avec la capea (simulacre de corrida avec une vachette) qui en résulte,dont nous allons parler.


C´est cette dernière manière de « faire courir les taureaux » qui est la plus ancrée dans la culture de Medina del Campo, avec différentes variantes et différents parcours. Au début, il n´était pas fréquent - les encierros étant interdits lors de nombreuses occasions - de voir les gens courir devant les taureaux, à moins que ne fût établi un vote ou une promesse religieuse pour obtenir l´intervention divine ou que ce soit en tant que signe de reconnaissance pour un Saint Patron. Ainsi, les taureaux courraient à Medina del Campo - entre les XVe et XVIIIe siècles tout du moins - en l´honneur de San Juan (24 juin), Santiago Apóstol (25 juillet), l´Assomption de Notre Dame (15 août) et San Antolín (2 septembre) et ces fêtes étaient officiellement considérées comme les « Voeux de la Ville ». Les livres d´Accords du Conseil, conservés aux Archives Municipales - depuis 1490 et sans interruption depuis 1552 - contiennent plusieurs comptes rendus de paiement et de règles concernant les taureaux et les courses de l´époque ainsi que les lieux des combats et la destination de la viande, une fois les taureaux morts. Ces informations se trouvent en général dans les actes des jours antérieurs à ces jours de fête officielle. De cette façon, pour citer le cas le plus ancien que nous ayons étudié, les Accords de l´année 1493 contiennent des données précises sous les titres « commandement et distribution des taureaux ». Il ne manquait pas non plus de courses de jeunes taureaux, ni d´encierros avec ces mêmes animaux, les jours des grandes fêtes des grandes confréries pénitentielles de Medina comme celles des Angustinas de Nuestra Señora et celle de la Vera Cruz (les livres des Accords des Archives Municipales et la documentation historique des deux confréries, sont remplies de renseignements à ce sujet).

La nuit précédant ces jours de fêtes, les animaux étaient conduits des pâturages aux torils, provisoirement installés en ville et c´est sûrement pour cela qu´en 1559, les autorités ordonnèrent que les cavalier qui les accompagnaient portent « des colliers avec des grelots et des torches » pour avertir du danger nocturne de la présence des animaux. Le jour de fête, professionnels ou amateurs courraient, dans une arène éventuellement fermée, et exécutaient des « suertes », aujourd´hui en désuétude, comme le saut avec une lance, le tonneau de vin, le panier en osier, le ruban autours des cornes et beaucoup d´autres, telles que les fameuses passes de cape ou esquive du torero qui est la tradition qui a perduré jusqu´à nos jours et qui est ancré dans les racines de la ville, comme la preuve de la célébration des combats de joutes nationaux des esquives des jeunes taureaux.

Cependant, nous pouvons assurer qu´il existe des documents antérieurs qui font expressément référence aux encierros de taureaux de Medina del Campo. Par exemple, nous pouvons citer celui qui eut lieu la veille de la fête de l´Assomption de la Sainte Vierge (15 août) de 1567, grâce au témoignage que Santa Teresa fait dans son Livre des Fondations, dans lequel elle écrivit : «Nous arrivâmes à Medina del Campo la veille de la fête de l´Assomption de la Sainte Vierge, à minuit. Nous descendîmes au monastère de Santa Ana, afin de ne pas faire de bruit et nous allâmes à pied à la maison. Quelle bonne grâce de Dieu qu´à cette heure là les taureaux étaient enfermés dans l´attente des courses du lendemain et que nous n´en eussions rencontré aucun. »

Après l´encierro avait lieu la corrida à proprement dit, au cours de laquelle se succédaient combats et mises à mort de l´animal - avec des « suertes » telles que celles où l´on blesse la bête aux tendons avec un lance ou une épée pour l´ achever ensuite - et des jeux de joutes, exécutés par des écuyers et des cavaliers spécialement présents pour l´occasion.

Les encierros qui ont persistés jusqu´à aujourd´hui ont connu des changements dans leur déroulement et leur conception. En 1873, la Mairie décida d´accorder que le nombre de jours de fête dédiés au saint patron de la ville, San Antolín, passe à six jours (cinq ans plus tard, les festivités s´étendirent aux huit premiers jours de septembre) dans le but de regrouper les jours fériés, qui, à l´époque, étaient dispersés au long de l´année. En ce temps là, les courses de taureaux s´étalaient sur trois ou quatre jours et avaient différentes fonctions : tôt le matin, il y avait le combat du « toro del alba » (le taureau de l´aube), un jeune taureau de combat qui courait aux premières heures du jour, dont la tradition est très ancienne, bien que la date exacte de son apparition reste inconnue. En fin de matinée, courrait le « jeune taureau des onze heures » et, l´après-midi, à quatre heures, couraient encore sept taureaux. Le cadre de ces courses était habituellement la Plaza Mayor. Cependant, nous savons que d´autres lieux avaient été aménagés en arènes provisoires jusqu´à la construction de l´arène en dur qui fut inaugurée en 1949. Parmi ces lieux, on pouvait compter le terrain vague sur lequel se dressait le palais des Castrosernas, les places du marché, de San Augustín et de Segovia (où se trouvait une « grande bâtisse fermée dans laquelle les cavaliers s´entraînaient à la lance au Moyen Age), les ruines du quartier militaire (avant sa reconstruction), les abords de la vieille gare et beaucoup d´autres.

« Encierros traditionnels »

Les encierros traditionnels comme ils se déroulent à Medina del Campo consistent en la formation d´un groupe d´au minimum six bêtes de combat, accompagné par autant de boeufs conducteurs (bêtes dressées dans le but de guider les taureaux) qui sortent de l´enclos à une heure décidée au préalable et qui sont dirigés par des professionnels qui les mènent jusqu´à l´entrée de la ville, à pied ou à cheval, mais toujours selon certaines normes.

Les célébrations des encierros traditionnels ont lieu les 2, 4, 6 et 8 septembre et un autre jour, non défini. Les taureaux sont lâchés à 9h00. Après le troisième avertissement, on procède au lâcher des bêtes. Les avertissements se font au moyen de décharges des trois fusées. Après le lâcher et une fois le troupeau maîtrisé, on le conduit dans les rues de la ville.

En arrivant à l´ entrée de la ville le bétail s´excite et c´est là que commence le parcours urbain qui aboutit dans l´arène.


Quelques jours avant le début des célébrations des fêtes patronales, la population de Medina se multiplie. Mais lorsque l´heure de l´encierro approche, tout devient différent : les habitants et les visiteurs passent une nuit blanche ou se lèvent à l´aube ; le vacarme peut commencer.

On sonne la diane pour réveiller le public qui, tout de suite après le chocolat et les churros, l´eau de vie ou la soupe à l´ail, ira se positionner pour participer à la fête. Les personnes âgées et les enfants cherchent l´endroit idéal où se placer pour voir l´encierro de la meilleure façon ; d´autres se préparent à la grande course dans les rues de la ville, derrière ou devant les barrières et d´autres encore, à cheval ou à pied, s´installent dans les champs, offrant une palette de couleur et d´odeurs indescriptible, mêlant les tenues des participants aux lances des cavaliers, les mottes de terres aux chaumes récemment moissonnées.

Pendant ce temps, dans un enclos, six taureaux et autant de boufs attendent tranquillement en faisant tintinnabuler leurs clarines jusqu´à ce que les détonations des fusées, annonciatrices de leur libération leur indiquent que quelque chose se passe. A exactement 9h00, après que les trois fusées aient été tirées, les portes de l´enclos s´ouvrent et le bétail est lâché.

L´encierro a commencé. A partir de là, tout peut arriver. Le troupeau peut sortir à toute allure et séparé ou lentement et regroupé mais toujours, il est accompagné d´un grand nombre de personnes, impatientes, qui sont toujours plus près des bêtes. La peur se dissipe, le risque augmente. A champ ouvert, à pied ou à cheval, à tout moment, ils sont susceptibles de recevoir la charge du taureau ; c´est l´émotion de vivre ce moment qui est la plus forte. Le temps défile et l´incertitude et l´émotion des gens qui attendent dans la zone appelée « entonnoir » d´entrée de la ville ou dans les rues commence à se faire sentir. Ils attendent le son de cloche qui leur indiquera si les taureaux se sont échappés ou s´ils arrivent « escortés » par les cavaliers.

L´église de la Colegiata et le château de la Mota se dressent comme témoins exceptionnels. En effet, du haut de ces monuments, on peut apprécier l´encierro qui passe par tous les quartiers qui entourent la ville. Et déjà, le troupeau se divise. Un énorme nuage de poussière indique la situation : on y est presque ; l´encierro est sur le point d´arriver aux portes de Medina del Campo. L´explosion va commencer : dix, vingt, trente mille personnes sont venues assister à l´un des spectacles les plus fascinants qui soient, l´encierro de taureaux de Medina del Campo. Les chevaux montés par des écuyers munis de leur lance en arrêt ont excité les taureaux qui entreprennent une course à toute allure jusqu´aux rues de la ville où le public les attend. Lorsqu´ils arrivent, le public les acclame et les accompagne. Souvent, la peur provoque le raidissement des jambes mais certains jeunes participants sont très courageux et courent à côté ou devant les taureaux dans les rues de Medina et jusqu´à l´arène.

Heureusement, aucune victime n´est encore à déplorer, sauf les traditionnels piétinements, chutes ou bousculades sans gravité.

Le meilleur remède pour oublier les coups qu´on a reçus, c´est d´aller en boire un ! Le vin et la limonade, un bon repas et la fête continue. Le lendemain ou le jour d´après, un autre encierro aura lieu. L´incertitude réapparaîtra, la foule affluera de nouveau, encore plus nombreuse ; car ceux qui ne connaissent pas encore les traditionnels et typiques encierros de Medina auront eu l´occasion de s´entraîner de diverses manières et ils viendront, sans aucun doute et ils seront accueillis à bras ouverts pour participer à un spectacle incomparable : LES TRADITIONNELS ET TYPIQUES ENCIERROS DE MEDINA DEL CAMPO.

D´après la description et les notes de Domingo Nieto Sainz
« Tradicionales y Típicos Encierros ».